Bilan de l’état de santé des forêts publiques; un aménagement durable pour des forêts en santé

Mot du Forestier en chef Gérard Szaraz publié le cadre du Mois de l’arbre et des forêts par l’Association forestières des deux rives.

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Les forêts publiques font partie du patrimoine de la population québécoise, soucieuse de leur pérennité et leur mise en valeur. Depuis une vingtaine d’années, le Québec est engagé sur la voie de l’aménagement durable des forêts. Ses normes d’application sont d’ailleurs internationalement reconnues comme étant parmi les plus rigoureuses, visent à maintenir et à améliorer à long terme la santé des forêts et les avantages qu’elles procurent.

Globalement, la santé des forêts se maintient au regard des grands signes vitaux tels l’étendue du territoire forestier, les volumes de bois sur pied, l’état de la régénération ou la préservation des fonctions écologiques. Aussi, le milieu forestier conserve un haut degré de naturalité.

À ces constatations générales, il est cependant nécessaire de mettre en lumière des défis à relever dans certains territoires ou selon des enjeux particuliers. C’est notamment le cas pour la protection de l’habitat du caribou forestier, la mise en valeur du potentiel de production ligneuse, la qualité des peuplements et des bois en vue de la récolte, l’état de la forêt feuillue et les effets des changements climatiques.

Protection du milieu forestier

Les feux et les infestations d’insectes sont les principales perturbations des forêts. Au cours des dernières années, elles ont eu une incidence relativement modérée sur les volumes de bois. Cependant, les superficies affectées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette montrent une progression croissante.

Quant à l’empreinte humaine, les perturbations sont associées aux chemins forestiers et aux travaux sylvicoles, principalement la récolte. En raison de la faiblesse des marchés des dernières années, les volumes récoltés sont moindres que les moyennes historiques et sont également en deçà des disponibilités.

Par ailleurs, les changements climatiques présentent un risque à considérer en raison des conséquences potentielles sur les perturbations naturelles ainsi que sur la dynamique forestière. Les effets sur l’état des forêts se manifestent déjà, comme l’apparition d’espèces exotiques invasives.

Conservation de la biodiversité

Des mesures de protection intégrale et des modalités particulières contribuent à préserver la biodiversité du milieu forestier. Les aires protégées et le caribou forestier sont les sujets qui retiennent le plus l’attention. S’agissant des aires protégées, de nouveaux territoires ont été décrétés afin d’améliorer la représentativité du réseau. Pour le caribou, des plans d’aménagement de l’habitat sont mis en œuvre pour contribuer à son rétablissement. Malgré cela, des populations se retrouvent en situation précaire, notamment en raison du taux élevé des perturbations de diverses sources sur une partie de leur habitat.

L’aménagement écosystémique contribue aussi à la sauvegarde de la biodiversité. À cet égard, certains objectifs sont intégrés dans les plans d’aménagement : maintien en permanence de vieilles forêts, répartition spatiale des coupes, protection d’habitats et conservation de bois mort.

La mise en place de ces mesures a été encouragée par la certification forestière. Cette dernière vise à garantir que le bois récolté provient de forêts aménagées de façon durable notamment au regard des exigences environnementales. Ces dernières années, la superficie certifiée a connu un essor considérable et couvre maintenant la plus grande partie du territoire forestier aménagé.

Mise en valeur des ressources

Les possibilités annuelles de coupe ont diminué de façon importante ces dernières années. Cependant, les volumes de bois  effectivement récoltés ont été bien en deçà de ces disponibilités, créant une réserve importante, dont une partie a été rendue disponible. Quant aux superficies reboisées, elles ont été stables par rapport aux années antérieures.

Dans un contexte plus global, la crise forestière des dernières années a eu comme conséquence une baisse de l’approvisionnement en bois, des emplois et de la contribution du secteur à l’économie. Toutefois, depuis 2012, les exportations et les investissements connaissent une progression, constituant des signaux encourageants. D’autres ressources que le bois contribuent à ajouter de la valeur, tels la faune, les paysages, les produits forestiers non-ligneux ou la biomasse forestière.

Une œuvre en continu

L’ aménagement durable des forêts représente plus un cheminement qu’une destination. L’état biophysique s’améliore à plusieurs égards mais des défis importants sont toujours à relever. Dans la foulée des progrès réalisés, l’évolution du régime forestier doit ainsi se poursuivre, dans un monde qui change, afin d’offrir aux générations actuelles et futures les avantages environnementaux, économiques et sociaux que nos forêts procurent.

Gérard Szaraz, ing.f., M.Sc. M.A.P.
Forestier en chef

Ce texte a été publié dans le cahier spécial L’arbre au coeur de notre vie, Journal Le Soleil, 2 mai 2015