Allocution de M. Pierre Levac, Forestier en chef du Québec à l’occasion du Colloque Forêt et bois, l’acceptabilité sociale organisé par l’Association forestière Saguenay –Lac-Saint-Jean

Notes pour une allocution de
M. Pierre Levac,
Forestier en chef du Québec
À l’occasion du Colloque Forêt et bois,
l’acceptabilité sociale
organisé par
l’Association forestière Saguenay – Lac-Saint-Jean

Roberval
24 mars 2006

(La version prononcée prévaut)

Salutations d’usage,

– Je suis particulièrement heureux d’être ici aujourd’hui pour participer à ce « Colloque Forêt et bois, l’acceptabilité sociale ».

– Mais je suis aussi fier de participer, avec vous, à cette initiative unique organisée par l’Association forestière régionale Saguenay – Lac-Saint-Jean. Ce colloque montre clairement que les gens du milieu, comme vous, ceux et celles qui ont à cœur la forêt sous toutes ses facettes, des gens comme vous et moi donc, qui ont la ferme intention de montrer par leur engagement, à l’ensemble de la population du Québec, qu’il y a moyen de vivre par et pour la forêt. Il n’y a rien de mal à montrer à tous que nous avons des convictions et des valeurs.

– D’entrée de jeu, permettez-moi de faire un bref retour sur la fonction de Forestier en chef, un poste que j’occupe depuis le 8 décembre dernier.

– Ce poste, hautement stratégique, constitue une première pour le Québec. Au Canada, seule la Colombie-Britannique a mis en place un poste équivalent de Forestier en chef. Je serai d’ailleurs dans cette province sous peu pour établir des contacts et échanger avec eux.

– Cette fonction est stratégique car elle concrétise la volonté gouvernementale de poursuivre le virage forestier amorcé à la fin de 2004, à la suite du dépôt du rapport de la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise, la commission Coulombe.

– D’ailleurs, le création du poste de Forestier en chef est et constitue une des principales recommandations de la commission.

– Mais concrètement, que fera le Forestier en chef. Tout d’abord, dans un contexte de neutralité, d’indépendance et de transparence, comme le stipule la Loi 94, le Forestier en chef a, entre autres, comme responsabilités :

  • D’effectuer la validation scientifique du processus de collecte d’évaluation des données relatives aux possibilités annuelles de coupe.
  • D’effectuer la validation des règles permettant d’évaluer les possibilités annuelles de coupe.
  • D’assurer la supervision des opérations en vue de déterminer les possibilités annuelles de coupes à rendement soutenu et de justifier ses décisions.

– Comme je le mentionnais lors de ma nomination en décembre dernier, nous devrons faire une lecture périodique de l’état de la forêt publique afin d’en garantir un développement qui soit à la fois durable et responsable.

– Du côté de l’organisation du Bureau du Forestier en chef, je suis à mettre en place l’équipe qui me secondera. Et cette tâche me tient particulièrement à cœur, car en plus de la compétence, je veux m’associer à des gens dynamiques; des personnes qui travailleront dans un esprit de collégialité et qui feront preuve d’une ouverture d’esprit et d’une grande rigueur scientifique.

– À ce jour, j’ai déjà recruté un noyau de personnes-ressources qui est déjà à l’œuvre (volet administratif et planification stratégique) et je compte continuer à recruter du personnel au cours des prochains mois. À ce sujet, un poste en recrutement pour la direction de la mise en œuvre des calculs de la possibilité forestière sera affiché dans les journaux dès ce samedi. Un autre poste, dont le port d’attache sera Roberval, sera aussi annoncé prochainement. D’autres suivront d’ici peu.

– À terme, j’estime qu’environ 80 personnes travailleront, à la fois au siège social de Roberval et dans les différents bureaux locaux répartis dans les principales régions forestières.

– Enfin, le Bureau du Forestier en chef est maintenant accessible sur Internet. Cette « cybervitrine » deviendra un des lieux privilégiés pour connaître les avis et les décisions du Forestier en chef. On compte déjà plus de 4000 visites pour le mois de février 2006.

– Par ailleurs, je suis à faire le tour des différents centres d’excellence en recherche forestière. Cette tournée me permet dans, un premier temps, de prendre contact avec les différentes équipes de recherche et , dans un deuxième temps, d’être à la fine pointe des derniers développements scientifiques.

– Pour en venir à ce qui nous réunit toutes et tous aujourd’hui, je suis particulièrement sensible à ce thème de « l’acceptabilité » lorsque l’on aborde la question forestière.

– Le contexte forestier québécois a rapidement évolué au cours de la dernière décennie. Dans une majorité d’entreprises forestières, on a assisté à une transformation profonde des modes de gestion, dont le but était et est encore l’aménagement forestier durable.

– J’ai été un spectateur privilégié, qui a constaté la mise en place des Systèmes de Gestion Environnementale (ISO 14001) dans l’industrie forestière. Des progrès énormes ont été accomplis. Le problème c’est qu’ils ne sont pas encore connus et surtout reconnus par tous.

– Maintenant, des efforts importants sont dédiés à la réalisation de l’Aménagement Forestier Durable (CAN/CSA Z-809-02) en associant les parties intéressées sur le territoire. Cette démarche d’association des parties intéressées constitue une des premières étapes de l’Aménagement Forestier Durable, car elle permet de mettre en équilibre les rapports entre les intérêts collectifs et les intérêts individuels par le développement d’une vision globale partagée.

– Au même moment, cette évolution a fait jaillir, dans son sillon, des valeurs sociétales et des besoins, souvent latents, souvent nouveaux.

– Toute cette effervescence forestière et du milieu forestier a provoqué des bouleversements qui nous ont amené à nous questionner profondément sur notre vision, sur nos façons de faire et nos modes de gestion.

– La définition que fait le dictionnaire du mot « acceptabilité » intègre la notion de recevabilité. Moi j’ajouterais les mots écoute, compréhension, partage, dialogue, éducation et sensibilisation.

– Il y a, à mon avis acceptabilité d’une chose, lorsque l’on prend le temps de bien l’expliquer afin qu’elle soit bien comprise.

– On a observé au cours des dernières années un manque flagrant d’information objective et crédible sur le dossier forestier. Ce vide a alors été comblé par seulement une partie. Il y eu souvent des débats où le monologue avait pris le dessus sur le dialogue, où les parties impliquées demeuraient campées sur leurs positions, sans ouverture, sans écoute.

– Je demeure convaincu qu’une véritable culture forestière au Québec doit obligatoirement passer par une éducation et une sensibilisation à la forêt sous ses différentes facettes : richesse environnementale indéniable, valeur économique inestimable, valeur sociale incontournable. N’oublions pas que l’acceptabilité sociale des activités d’aménagement forestier passe par une responsabilité partagée de l’ensemble des intervenants et des parties intéressées oeuvrant sur le territoire.

– Donc pour moi, informer, éduquer et sensibiliser sont des passages obligés vers l’acceptabilité. Ce sont pour moi, des valeurs importantes que je vous invite à partager.

– Dans toutes choses, il est nécessaire d’expliquer, de présenter les faits. J’ai à la mémoire cet exemple très récent du Consortium de recherche sur la forêt boréale de l’Université du Québec à Chicoutimi qui a pris le temps de rencontrer les membres de la presse régionale, pour leur faire part de leur vision de la forêt boréale et de leurs travaux de recherche. Je les avais rencontrés dans les jours précédents et je les remercie sincèrement de leur contribution à l’acceptabilité de la forêt.

– Il y a aussi ces travailleurs de la forêt qui m’expliquaient, encore récemment avec fierté, comment leurs façons de récolter avaient changé au fil des années et comment ils étaient fiers de contribuer au renouvellement de la forêt, leur gagne-pain et leur milieu de vie.

– Ou encore cette série de capsules d’information sur la forêt, produite par les associations forestières régionales et qui vulgarise, de façon bien imagée, différentes thématiques forestières. Un outil simple, adaptée et convivial. À mon avis, ce projet de capsules mérite qu’on y donne suite. De quelle façon? Il faudra l’évaluer. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut en assurer une diffusion plus large.

– Il faut sans contredit multiplier ces actions en s’impliquant personnellement. Chaque petit geste est important. Répandre l’information et expliquer, aux quatre coins du Québec, dans les grands centres particulièrement, dans chacune des régions, sur les progrès accomplis et ceux à venir.

– Toutes celles et ceux qui vivent de la forêt, qui l’aiment doivent prendre le flambeau, expliquer et mieux faire comprendre.

– Je suis près de la forêt et je vis de celle-ci depuis plus de trente ans. Les différentes fonctions que j’ai occupées à titre d’ingénieur forestier m’ont amené, au fil de ces années, à côtoyer une multitude d’intervenants. Des gens différents, de communautés différentes, de cultures différentes dans différentes provinces et différents pays avec des valeurs différentes et des intérêts différents.

– Toutes ces différences avaient une chose en commun, la conviction d’agir dans l’intérêt de tous, l’harmonie de tous et le bien être de tous. Donc, ils recherchaient l’acceptabilité de tous.

– Je voudrais en terminant saluer l’association du chef du Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean, monsieur Gilbert Dominique, qui a accepté la Présidence d’honneur du colloque d’aujourd’hui et le citer en mentionnant que « la voie de la concertation et de la discussion est celle, qui doit être privilégiée ». Je vous remercie M. Dominique pour cet exemple d’engagement et d’ouverture à préconiser.

– Comme je le soulignais dernièrement à une rencontre qui réunissait des entrepreneurs sylvicoles, nous avons tous à cœur la forêt du Québec.

– J’aimerais que nous soyons de ceux et de celles qui, au cours des prochaines années, planteront au sein de la collectivité québécoise, les semis qui redonneront la fierté face à cette ressource naturelle primordiale et face aux travailleurs forestiers et aux communautés qui en vivent. Car, non seulement il faut faire une foresterie qui soit socialement acceptable, il faut qu’elle devienne aussi socialement responsable.

– En ce qui me concerne, vous n’avez pas à avoir de doute sur mon engagement sur ce sujet.

– Je vous souhaite donc des échanges fructueux au cours de ce colloque.

– Je vous remercie de votre attention.