Le Forestier en chef – Congrès annuel de l’Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec

Notes pour une allocution de
M. Pierre Levac,
Forestier en chef du Québec –
Congrès annuel de l’Association des
entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec

Québec
22 février 2007

(La version prononcée prévaut)

Salutations d’usage,

Je suis particulièrement heureux d’être ici aujourd’hui pour participer à ce 7ième congrès de l’Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec. Le thème que vous avez retenu, La sylviculture : la voie incontournable vers le sommet, m’apparaît des plus pertinents en cette période difficile que vit l’ensemble du monde forestier du Québec. Mais, avant d’aborder ce sujet particulier que représente la sylviculture, j’aimerais vous dresser un bilan des activités réalisées par mon équipe au cours de la dernière année qui est aussi la première année d’existence du Forestier en chef.

D’entrée de jeu, permettez-moi de faire un bref retour sur la fonction de Forestier en chef, poste que j’occupe depuis un peu plus d’un an, c’est-à-dire depuis le 8 décembre 2005. Ce poste est hautement stratégique (Vous vous en êtes sûrement rendu compte en décembre dernier) et il constitue une première pour le Québec.

Cette fonction est stratégique, en ce sens, qu’elle concrétise la volonté gouvernementale de poursuivre le virage forestier amorcé à la fin de 2004, à la suite du dépôt du rapport de la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise, la commission Coulombe. D’ailleurs, la création du poste de Forestier en chef est et constitue une des principales recommandations de la commission.

Le projet de Loi 94 qui officialisait la création du poste de Forestier en chef lui donnait la possibilité d’accomplir ses tâches avec neutralité, indépendance, transparence et crédibilité.

Les principaux mandats reliés à ce poste sont :

  • Superviser les opérations relatives au calcul des possibilités annuelles de coupe à rendement soutenu.
  • Préparer le Manuel d’aménagement forestier.
  • Déterminer les données forestières et écologiques requises pour calculer les possibilités annuelles de coupe à rendement soutenu.
  • Conseiller le ministre des Ressources naturelles et de la Faune sur :
    • Le contenu des plans exigés en vertu de la Loi sur les forêts;
    • Les plans soumis au ministre pour son approbation conformément à la Loi sur le forêts;
    • L’orientation et la planification de la recherche et du développement en matière de foresterie.

Le Forestier en chef donne des avis au ministre sur toute question qui lui est soumise en matière de foresterie.

Vous savez, lorsque je suis entré en fonction le 8 décembre 2005, j’étais le seul membre de l’équipe du Forestier en chef. J’ai donc rencontré des personnes susceptibles de joindre les rangs de cette équipe à constituer. Il a fallu parallèlement à cela établir mon bureau principal à Roberval puis un bureau local à Québec et à Mont-Tremblant. J’ai rencontré des gens du secteur universitaire et des centres de recherche associés au domaine de la foresterie. Par la suite j’ai déterminé un cadre de gestion afin d’intégrer de nombreuses données qui allaient être prises en compte dans le processus de calcul de la possibilité forestière.

Afin de m’assurer que la méthode utilisée pour effectuer ces calculs soit fiable et rigoureuse, je me suis adjoint un comité consultatif formé de trois membres de provenance différente et reconnus dans leur milieu et j’ai établi un processus de validation rigoureux en faisant appel à leur service.

En juin 2006, Forêt Québec m’a remis les résultats des calculs préliminaires pour la possibilité forestière 2008-2013. Je me suis donc approprié ces données. J’ai effectué la vérification de la conformité de l’application des orientations gouvernementales. J’ai révisé certaines orientations et identifié les éléments à considérer pour la détermination de la possibilité forestière. Donc après une analyse globale j’ai pu constater que ce qui avait été fait par Forêt Québec avait été bien fait.

En juin 2006, je m’étais engagé à établir la possibilité forestière pour les années 2008-2013 dans un délai de six mois .Aussi, à partir du moment où je fus convaincu, grâce au processus de validation et au comité consultatif, que les données fournies par Forêt Québec constituaient une base fiable, mon équipe s’est mise à l’œuvre pour déterminer, en incluant l’ensemble des contraintes environnementales, économiques et sociales disponibles, les possibilités annuelles de coupe à rendement soutenu pour les années 2008 à 2013.

Plusieurs éléments que le rapport Coulombe recommandait de considérer ont été introduits dans le processus d’analyse. Je pense aux aires protégées, aux refuges biologiques, aux habitats fauniques, aux écosystèmes forestiers exceptionnels, à la limite nordique, etc. Tous ces éléments ont entraîné, depuis l’année 2000, une diminution de plus de 7,5 % de la superficie du territoire public destiné à la production forestière, soit une superficie de près de 2,4 millions d’hectares, l’équivalent de 70 % des terres cultivées du Québec.

Dans mon rapport, j’ai également recommandé que la provenance des volumes de bois récoltés, entre 2008 et 2013, respecte la contribution à la possibilité de chaque composante forestière ou territoriale. Ceci favorisera la récolte des bois de moindre intérêt et étalera la pression sur l’ensemble du territoire forestier productif destiné à la récolte des bois. À titre d’exemple, il est plus difficile de récolter le bois dans les pentes fortes. La difficulté d’accès à ces volumes de bois les rend moins attrayants pour l’industrie, mais ils font parti de la possibilité forestière. Je crois que le bénéficiaire doit prendre ses responsabilités, à cet égard, devant une tranche de pain, on ne peut pas manger uniquement la mie et laisser la croûte.

Le 6 décembre 2006, j’ai déposé mon rapport au ministre des Ressources naturelles et de la Faune et le 8 décembre j’ai présenté les résultats des travaux de mon équipe en conférence de presse à Roberval et en direct sur le WEB. En plus de rendre disponible les résultats sur notre site WEB, et par souci de crédibilité et de transparence, j’ai entrepris une tournée des régions forestières pour expliquer les résultats des calculs et mes décisions.

Comme vous le savez sans doute, plusieurs régions subiront une baisse dramatique de la possibilité forestière pour 2008-2013. Lors de l’établissement de la possibilité forestière nous avons pu identifier plusieurs facteurs qui ont occasionné cette baisse. L’un de ces facteurs vous concerne directement et je parle du rendement des travaux sylvicoles. En effet dans certaines régions nous avons remarqué que les résultats des travaux sylvicoles attendus n’étaient pas au rendez-vous.

Je ne veux pas par ce constat blâmer qui que ce soit, je veux plutôt souligner l’importance de ces travaux qui, s’ils font l’objet d’une bonne planification et d’un suivi rigoureux représentent une partie de la solution au manque à gagner en matière ligneuse et au développement durable.

Je veux aussi souligner l’importance que ces travaux représentent pour le futur, car la pression sur le territoire forestier n’ira pas en diminuant dans le futur. Alors la solution, pour le secteur forestier, sera d’être plus performant dans ses stratégies sylvicoles. C’est ce qui explique l’intérêt de l’aménagement écosystémique, dont nous allons parler et développer dans le futur.

Que nous annoncent les prochaines années concernant le dossier de la sylviculture au Québec ? Il m’apparaît évident que notre principal défi sera la recherche de l’équilibre entre les besoins fondamentaux de protection de la biodiversité et ceux du maintien ou voir même l’augmentation de l’ensemble des activités économiques liées au milieu forestier.

À cet effet, la mise en place de projets s’inspirant des principes de la Triade m’apparaît comme une des solutions à privilégier. Comme vous le savez, l’une des trois constituantes de la Triade passe par la nécessité de réaliser une sylviculture intensive sur les sites les plus productifs de chacune des régions forestières du Québec. À cela, j’ajouterai aussi le besoin d’effectuer un suivi rigoureux des résultats en relation avec les hypothèses initiales pour s’assurer de l’atteinte de nos objectifs. Cela inclus la réalisation à temps de tous les traitements d’éducation nécessaires.

La forêt québécoise est diversifiée et produit des arbres aux propriétés mécaniques et esthétiques incomparables. La nouvelle technologie industrielle permet aussi de créer des produits forestiers spécifiques pour des marchés particuliers et surtout rentables. La sylviculture des prochaines années devra donc aussi être orientée vers la production de bois de qualité répondant aux besoins des marchés.

En résumé, les objectifs visés par l’approche que je préconise sont :

  • L’évaluation en fonction de la croissance mesurée et des travaux réalisés.
  • L’évaluation en continu des stratégies sylvicoles et de leurs résultats.
  • La continuité dans les travaux sylvicoles.
  • La capacité de rétroaction sur les hypothèses initiales en fonction des résultats obtenus qui influenceront les résultats des calculs de la possibilité forestière.

Maintenant, permettez-moi de vous présenter différents dossiers en cours au Bureau du Forestier en chef.

Tout à l’heure, je vous mentionnais qu’au début j’étais le seul membre de mon organisation. Jusqu’au mois de juin 2006, l’équipe était composée de 17 personnes. Il faut préciser que par la suite, par le recrutement et le transfert de spécialistes de Forêt Québec, un groupe additionnel de 32 personnes ont été affectées au processus de validation des calculs de la possibilité forestière 2008-2013.

La plupart des personnes qui ont joint les rangs du Bureau du Forestier en chef sont des spécialistes, portant l’effectif à 49 personnes à la fin de 2006. Lorsque la structure administrative sera complétée en 2007, environ 80 personnes formeront ce bureau.

À la fin du mois de janvier, le siège social de Roberval a été relocalisé et agrandi, de sorte qu’à terme, 25 à 30 personnes y seront affectées. D’autres bureaux régionaux verront le jour pour accueillir le nouveau personnel, confirmant ainsi la volonté gouvernementale de régionalisation.

L’un des dossiers qui aura un impact majeur sur mon organisation au cours des prochains mois et qui modifiera l’approche de la foresterie par la suite, c’est l’acquisition d’un nouveau logiciel pour établir la possibilité forestière. On va remplacer Sylva II, qui après plus de 20 ans de loyaux services, prendra sa retraite. Une décision majeure pour le secteur forestier du Québec. Le nouveau logiciel permettra entre autres d’intégrer et d’optimiser, dans le calcul de la possibilité forestière, des variables associées à des préoccupations de la structure forestière, écologique, faunique et socio-économique d’un territoire, tout en traitant des objectifs de nature spatiale. À partir du premier trimestre de 2009, il deviendra graduellement un outil de référence afin de guider l’action des aménagistes.

La préparation de la prochaine édition du Manuel d’aménagement forestier et la réalisation, pour 2009, d’un bilan quinquennal de l’état des forêts s’ajoutent à la liste de nos préoccupations à court et à moyen terme.

Tous ces travaux visent l’objectif d’un aménagement forestier durable tenant compte des besoins multiples des utilisateurs de la forêt. Évidemment votre apport à cet objectif est essentiel et s’inscrit dans une nouvelle vision de la foresterie au Québec. Vous savez, le contexte forestier québécois a rapidement évolué au cours de la dernière décennie et de façon accélérée durant la dernière année. Dans une majorité d’entreprises forestières, on a assisté à une transformation profonde des modes de gestion, dont le but est et sera encore l’aménagement forestier durable.

Toute cette effervescence forestière et du milieu forestier, dont j’ai été durant la dernière année un acteur important, a provoqué des remises en question qui nous ont amené à nous questionner profondément sur notre vision, sur nos façons de faire et nos modes de gestion.

Je demeure convaincu qu’une véritable culture forestière au Québec doit obligatoirement passer par une éducation et une sensibilisation à la forêt sous ses différentes facettes. En produisant notre présentation sur les résultats des calculs de la possibilité forestière 2008-2013, nous avons introduit un ensemble de fiches descriptives pour la province, par région et par UAF. De plus des fiches thématiques sur un ensemble de sujets ont été produites. Plus de 150 fiches ont été produites.

N’oublions pas que les activités d’aménagement forestier passent en premier lieu par le partage de la connaissance des différents enjeux, par une responsabilité partagée de l’ensemble des intervenants et des parties intéressées oeuvrant sur le territoire. Donc, les premiers éléments fondamentaux permettant des débats éclairés et harmonieux en relation avec l’aménagement durable sont maintenant en place.

Je vous en avais déjà fait part dans le passé, pour moi, informer, éduquer et sensibiliser sont des passages obligés vers la compréhension du secteur forestier et la pratique de l’aménagement forestier durable. Vous commencez de plus en plus à comprendre le sens de mes valeurs. Ce sont pour moi, des valeurs importantes que je vous invite à partager.

Il faut sans contredit multiplier ces actions en s’impliquant personnellement. Chaque petit geste est important. Répandre l’information et expliquer, aux quatre coins du Québec, dans les grands centres particulièrement, dans chacune des régions, les progrès accomplis et ceux à venir.

Au mois de décembre, lors de l’annonce des résultats des calculs de la possibilité forestière pour les années 2008-2013, avec certains membres de mon équipe, j’ai effectué une tournée des régions forestières justement pour expliquer comment nous en sommes arrivés à ces résultats qui font augmenter les défis que nous avons tous.

Malgré le fait que je n’annonçais pas que de bonnes nouvelles, les gens tant forestiers, industriels, élus, médias et le public qui ont assisté à mes présentations ont compris mes nombreux messages. Il ont compris parce que nous leur avons bien expliqué la situation avec transparence et nous leur avons donné l’heure juste. Maintenant ils savent quels sont les choix et les enjeux auxquels ils font face et ils sont déjà en mode solution.

Toutes celles et ceux qui vivent de la forêt, qui l’aiment doivent prendre le flambeau, expliquer et mieux faire comprendre.

Comme je vous l’ai souligné lors de notre dernière rencontre, nous avons tous à cœur la forêt du Québec du futur, de mes petits enfants, que nous allons bâtir en aménageant celle-ci de façon encore plus intensive, en harmonie avec les communautés qui nous tiennent à cœur.