Articles scientifiques
Cette section regroupe les articles scientifiques rédigés par les spécialistes du Bureau du forestier en chef en collaboration avec différents chercheurs du domaine de la foresterie. Les articles sont classés par thématique.
Carbone forestier
Auteurs
Nour Srour, Evelyne Thiffault, Jean-François Boucher
Cette étude évalue le potentiel de séquestration du carbone de plantations en bordure de routes dans le sud du Québec, à l’aide du Modèle de Bilan Carbone du Secteur Forestier Canadien (CBM-CFS3), sur une période de 100 ans. Les résultats montrent que les plantations sur des sites fortement perturbés (comme les emprises routières) peuvent offrir des avantages en termes de séquestration du carbone par rapport aux conditions de référence (en l’absence de plantation). Cependant, pour les sites routiers classés comme terres agricoles abandonnées, la succession naturelle permettrait un stockage de carbone plus élevé que la plantation, peu importe les combinaisons d’espèces utilisées.
Auteurs
Nour Srour, Evelyne Thiffault, Jean-François Boucher
Cette étude quantifie les stocks de carbone de 59 sites routiers du sud du Québec, présentant une variété d’assemblages végétaux (du couvert herbacé aux peuplements forestiers). Les sites dominés par les arbres et arbustes présentaient les stocks de carbone les plus élevés. La diversité fonctionnelle de la végétation, notamment la dispersion fonctionnelle de la végétation de l’étage supérieur (arbres et arbustes) et la richesse fonctionnelle de la végétation du sous-étage, étaient également des prédicteurs significatifs du stockage total du carbone des écosystèmes. Les résultats suggèrent que les écosystèmes en bordure de routes peuvent constituer d’importants puits de carbone, particulièrement lorsqu’ils présentent une diversité fonctionnelle élevée.
Auteurs
Lucas Moreau, Jean-François Carle, Gabriel Landry, Evelyne Thiffault
Cette étude a utilisé le modèle libre et open-source MoSiR pour simuler les flux de carbone associés aux produits du bois au Québec sur 80 ans. L’étude compare un scénario de référence à sept alternatives modifiant le recyclage, la durabilité des produits du bois et la gestion des déchets.
Les produits en bois durables tels que les sciages stockent efficacement le carbone, mais sont encore trop peu présents dans le panier de produits actuel. Les résultats de cette étude appuient le développement de politiques visant une gestion plus durable et circulaire des produits du bois ainsi qu’une prise en compte de l’impact climatique global du secteur dans la mise en œuvre de stratégies d’aménagement forestier.
Changements climatiques
Auteurs
Stephen Yamasaki, Yann Boulanger, Jesus Pascual Puigdeval, Annie Claude Bélisle,Yves Bergeron, Marie-Hélène Brice
Les analyses régionales évaluant la vulnérabilité des écosystèmes forestiers et du secteur forestier aux changements climatiques sont essentielles pour prendre en compte l’hétérogénéité des impacts des changements climatiques, mais aussi le fait que les risques, les opportunités et les capacités d’adaptation peuvent différer d’une région à l’autre. Nous présentons ici l’évaluation régionale intégrée des changements climatiques sur les forêts du Québec, un travail qui a impliqué plusieurs équipes de recherche et qui s’est concentré sur les impacts des changements climatiques sur les forêts commerciales du Québec et sur les solutions d’adaptation à ces changements. Nos travaux montrent que les changements climatiques pourraient modifier plusieurs processus écologiques dans les forêts du Québec. Ces changements entraîneront d’importantes modifications des paysages forestiers. La récolte forestière pourrait s’additionner aux changements climatiques pour modifier davantage les futurs paysages forestiers, ce qui pourrait également avoir des conséquences sur les habitats fauniques (notamment ceux du caribou forestier), la biodiversité aviaire, le bilan carbone et les valeurs des paysages forestiers pour les Peuples autochtones. Nous préconisons que l’adaptation du secteur forestier sera essentielle afin d’atténuer les impacts des changements climatiques sur plusieurs biens et services écosystémiques forestiers. Ces stratégies devraient améliorer la résilience des services écosystémiques. Par exemple, la réduction de la récolte pourrait permettre de maintenir l’habitat du caribou, favoriser la biodiversité aviaire, bonifier la capacité de stockage du carbone et profiter aux activités traditionnelles autochtones. La réduction des taux de récolte du bois pourrait aussi aider à réduire les échecs de régénération après les feux dans les régions où ceux-ci sont actuellement communs, ou dans celles qui seront à risque dans le futur. Sur la base de nos travaux, nous concluons qu’omettre de mettre en œuvre des options d’adaptation aux changements climatiques pourrait représenter des impacts économiques et écologiques négatifs importants pour les forêts du Québec.
Version complète
https://pubs.cif-ifc.org/doi/epdf/10.5558/tfc2026-017
Auteurs
Helin Dura, Jean GirardJoao Paulo Czarnecki de Liz, Lady Cardona, Florence Leduc, Lauren T. Cooper, Vincent Banos, Alexis Achim
Du Canada à l’Europe, les forêts sont confrontées à des menaces climatiques universelles, mais un fossé sépare les solutions scientifiques de leur mise en œuvre sur le terrain. Trente ans après que G.L. Baskerville a décrit ce décalage comme des scientifiques écrivant « de la poésie gaélique pour des goélands sourds », la métaphore reste d›une précision alarmante. Cette inaction découle de la fragmentation des points de vue entre les chercheurs, l›industrie et les praticiens qui opèrent avec des objectifs parallèles, parfois contradictoires. Bien qu›il existe des outils sylvicoles reconnus, tels que la récolte partielle et la diversification de la composition forestière pour améliorer la résilience des forêts, ceux-ci restent sous-utilisés, menaçant la viabilité de nos forêts et des communautés qui en dépendent. Dans cet article, nous soutenons que la communauté scientifique doit aller au-delà du diagnostic des obstacles et co-générer activement des solutions opérationnelles et pratiques. Nous proposons une stratégie concrète en trois volets pour combler le fossé entre la science et la pratique : 1) intégrer intimement les chercheurs au sein des organisations partenaires pour une collaboration pratique; 2) renforcer l’influence déterminante de la certification forestière en exigeant que les normes relient les audits procéduraux à des résultats mesurables en matière d’adaptation au changement climatique; et 3) créer des incitations financières gouvernementales pour rendre la sylviculture adaptative économiquement viable. Il est primordial de passer à l’action. La responsabilité des chercheurs s’étend désormais au-delà de la publication pour inclure le transfert de connaissances.
Auteurs
Helin Dura, Mathieu Fortin, Alexis Achim
Le marché des produits du bois constitue le principal système utilisé pour évaluer la valeur du bois d’œuvre. Comprendre sa dynamique pourrait aider à prévoir les tendances futures et à orienter les décideurs quant aux choix de récolte, tant en termes de moment que de type, favorisant ainsi une meilleure anticipation du marché. Les recherches antérieures ont principalement étudié les prix des produits du bois à l’aide d’indices généraux, ce qui ne permet pas de différencier les produits selon leurs dimensions, une information clé pouvant être liée à la structure des peuplements forestiers.
Nous avons analysé comment les variables macroéconomiques, la pandémie de coronavirus de 2019 (COVID‑19) et les coûts liés aux catastrophes climatiques ont influencé les prix de huit produits du bois (sept produits de bois d’œuvre résineux et un panneau de lamelles orientées) en Amérique du Nord. Nous avons ajusté des modèles autorégressifs de premier ordre avec une fonction de variance à partir de séries temporelles de prix relevés entre 1990 et 2023.
Nos résultats montrent que, contrairement aux hypothèses courantes, les variations de prix ne peuvent être attribuées aux mêmes variables et que celles-ci n’influencent pas les prix avec la même intensité selon les différents produits. De plus, les événements perturbateurs, tels que la pandémie de COVID‑19, ont principalement contribué à accroître l’incertitude sans pour autant déterminer entièrement les prix. Ces conclusions peuvent aider à établir un lien entre la valeur des arbres sur pied, en fonction des produits qu’ils peuvent générer, et ainsi éclairer les stratégies optimales de sylviculture et de récolte.